Elles cèdent pas/They do not give in
Dans l’assemblée, une phrase est inscrite sur la banderole en toile de fond de la salle de réunion d’une ville du Grand Sud d’Haïti. Elle est lue à haute voix avec ferveur par une femme : « Nou Kapab ». Un tonnerre d’applaudissements suit.
There is a phrase written on a banner hanging at the back of the assembly hall in a town in Haiti’s deep south. A woman reads it aloud with fervor: “Nou Kapab.” A thunder of applause follows.
C’était l’un des moments forts du premier de quatre womble (forums) organisés fin janvier 2026 par l’initiative Fòk Yo La (Elles doivent être présentes), un mouvement en Haïti visant à accroître la participation politique des femmes. Et on savait, sans aucun doute, par l’engouement manifesté que non seulement ces femmes étaient capables, mais qu’elles avaient ce qu’il fallait pour se battre.
It was one of the defining moments of the first of four womble (forums) organized in late January 2026 by the initiative Fòk Yo La (“They Must Be Present”), a grassroots movement in Haiti working to foster women’s political participation. And judging from the enthusiasm in the room, there was no doubt that not only were these women capable, they had everything it took to take up the fight.
Ces deux mots : Nou Kapab (Nous sommes capables), ont été gravés dans l’esprit de beaucoup des femmes de l’assistance, au point que, certaines ont décidé de l’affirmer en prenant la parole. Mieux, au cours du forum, des deux ateliers de formation qui l’ont suivi et des pauses, Nou Kapab est devenu un mantra, tel un défi lancé à ceux et celles qui oseraient les contredire.
Those two words—Nou Kapab (“We Are Capable”)—were etched onto the minds of many women in attendance, to the point that some decided to affirm the assertion by taking the floor. What is more, throughout the forum, the two training workshops that followed, and even during the breaks, “Nou Kapab” became a mantra, a gauntlet thrown down at anyone who might dare contradict them.
Il est question de femmes, de femmes en politique, voilà ce qui anime les participantes. C’est radical et rare dans les annales de l’histoire politique haïtienne sauf dans des cercles de femmes avec les actions antérieures de la Ligue féminine et du mouvement féministe post‑86, actions qui ont ouvert la voie pour ce moment.
This was about women—specifically, women in politics—and it is precisely this issue that animated the participants. Outside women’s circles and those shaped by the earlier actions of the Ligue féminine and the post‑1986 feminist movement, it is radical and rare in Haitian political history to see actions such as these, paving the way for this moment.
Il n’y a pas beaucoup d’exemples de gouvernements qui ont eu des femmes occupant des postes stratégiques, hormis le ministère à la Condition féminine qui est toujours assigné à une femme. La plupart du temps, les portefeuilles considérés comme « mineurs » (sports, tourisme, affaires sociales) sont alloués aux femmes. Sauf durant la présidence de Jean‑Bertrand Aristide en 1991 et plus récemment avec le gouvernement du Premier ministre Garry Conille en 2024 où des femmes avaient géré des « grands » portefeuilles tel le ministère des Affaires étrangères et celui de l’Économie.
There are not many examples around the world of governments that have women in strategic positions, apart, perhaps, from the odd Ministry of Women’s Affairs, which is invariably assigned to a woman. Most of the time, women are put in charge of portfolios considered “minor” (sports, tourism, social affairs). Haiti boasts two exceptions—in 1991, during the presidency of Jean‑Bertrand Aristide, when a woman served a Minister of Foreign Affairs, and again in 2024, under Prime Minister Garry Conille, when a woman led the Ministry of the Economy.
Dans la majorité des cas, ceux qui sont au pouvoir n’ont pas non plus respecté le quota de 30 pour cent mis en place avec la loi électorale de 2006 et consacré avec la constitution de 1987 amendée en 2011, pour augmenter le nombre de femmes dans les hautes sphères de pouvoir et de décision.
For the most part, however, those in power have failed to respect the 30% quota enshrined in the 1987 Haitian Constitution and re-ratified by the electorate in 2006 (with amendments in 2011) designed to increase the number of women in high‑level positions of power, as well as to ensure women’s involvement in political decision making.
Les revendications des femmes sont claires: elles plaident pour une reconfiguration des règles du jeu politique. Elles insistent sur le soutien institutionnel des femmes déjà engagées; l'éducation comme levier d'autonomisation et de transformation des rapports de genre; ainsi que la gouvernance inclusive comme intégration efficace des femmes dans les espaces de décision. D’un womble à l’autre, centaines de femmes ont eu l’occasion de fulminer contre le peu d’évolution de la représentation politique haïtienne. Et comme pour un front commun de résistance et de solidarité, elles disent que leur moment est arrivé en poussant un cri de ralliement magistral : « Fok fanm yo la ! Fi koré fi ! »
Women’s demands are clear: they cry out for a change to the rules of the political game. They insist on greater institutional support for women who currently hold political office; education as a tool for empowering women and transforming gender relations; and inclusive governance as a means for effectively integrating women into decision-making spaces. In one forum after another, women have expressed their outrage over the glacial pace of progress in women's political representation in Haiti. And, in a united front of resistance and solidarity, they declare that their moment has arrived, issuing a resounding rallying cry: “Fok fanm yo la! Fi koré fi!”
